Les écrivaines-critiques (XIXe-XXe siècles)
26 mars 2026 . 9h00 – 18h00
Organisateur :
LASLAR · J. Anselmini
Lieu :
Au XIXe siècle, la critique n’a pas bonne presse : quand elle n’est pas académique, elle se compromet avec le journalisme et les nouvelles conditions médiatiques, qui amènent sa cohabitation suspecte et ses interférences avec la publicité ou « annonce » et l’entachent d’un soupçon de vénalité. On assiste ainsi tout au long du XIXe siècle – en attendant un anoblissement de la critique à la fin du XIXe siècle et surtout au siècle suivant – à un dialogue houleux et parfois même à un conflit ouvert entre les écrivains, qui sont les premières cibles des critiques, et ces derniers[1]. Pour autant, les écrivains se font eux-mêmes souvent critiques, bon gré mal gré, qu’ils y soient contraints par des nécessités « alimentaires » ou qu’ils aient l’ambition de redorer le blason de la critique en la rendant à la noblesse de ses missions : trier (c’est le sens originel du verbe grec crinein, étymon de « critiquer »), distinguer, analyser, juger les œuvres et éclairer le lectorat et le public, à l’ère d’une démocratisation de la littérature, des spectacles et de la culture artistique dans un espace que la modernité et les progrès techniques en matière de diffusion élargissent au-delà des frontières nationales.
Dans ce contexte, l’existence et l’activité des femmes menant de front production littéraire et critique posent des questions spécifiques par rapport à celles soulevées par leurs confrères hommes[2], dans la mesure où elles cumulent alors d’une certaine façon une double réprobation : non seulement celle que leur vaut le fait d’être des femmes de lettres, ces ridicules ou monstrueux « bas bleus » que fustige la misogynie du XIXe siècle et encore du siècle suivant[3], mais encore celle de se livrer à cette activité souvent mésestimée, comme ancillaire ou vénale, que constitue la critique – activité qui, cependant, offre aussi aux femmes qui écrivent un nouveau champ d’action, de positionnement, d’expression et même de combat.
Ainsi, qui ont été les écrivaines-critiques ? Comment ont-elles géré leur double carrière et concilié leur double activité ? Selon quelles stratégies, dans quels cercles et contextes, sur quels supports ? Comment ont-elles construit leur ethos « bifrons » et négocié, par leur propre discours auctorial, les deux faces de leur existence littéraire ? L’activité critique a-t-elle été assumée, voire revendiquée, ou au contraire masquée (sous le voile du pseudonyme, par exemple) ? Enfin, quelles interférences formelles, esthétiques et stylistiques induit cette double pratique ? En quoi la critique vient-elle nourrir et infléchir la création littéraire, en quoi, réciproquement, la critique est-elle « littérarisée », et comment, par l’écriture littéraire parallèle ? Finalement, peut-on considérer la traduction, accessible aux femmes en raison de son autorité « faible » et souvent exercée par celles-ci pour son potentiel rémunérateur, dans les choix qu’elle implique et la visibilité qu’elle confère à certains textes plutôt qu’à d’autres, comme une activité complémentaire au travail de la critique ?
