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Gros plan sur les sports à l’écran : Les défis cinématographiques de la représentation

23 novembre 2023 . 9h00 18h00

Organisateur :

LASLAR – Philippe Ortoli et Camille Cellier

Lieu :

Caen · campus 1 · MRSH

esplanade de la Paix
Caen, 14053 France

Cette proposition de journée d’études est envisagée en lien avec l’axe du laboratoire LASLAR «Esthétique, poétique et imaginaire». En effet, les « films de sport », possèdent la particularité de « déployer un univers imaginaire (…) bâti sur des conventions poétiques » et d’éventuels « contrats esthétiques

(pour reprendre des termes issus du descriptif de l’axe 3 du Laslar) qui se constitue en genre (agrégé, comme il se doit à d’autres catégories : mélodrame, film noir, comédie, entre autres). Un de ses axes définitoires pourrait être l’avènement du champion, de l’athlète – incarnation s’il en est du héros-, ou sa déconstruction, donnés à voir et à décrypter.

Mots-clés: sports sur grand écran, représentation, problèmes de représentativité, esthétique du mouvement et du corps sportif, dimension sociologique et identitaire, dimension politique, genre cinématographique

A l’écran, la sueur perle: à l’entraînement, sur les pistes cendrées, dans les gymnases, aux stades, dans les starting-blocks… Les muscles se tendent, propulsent les sportifs, en quête d’exploits individuels ou collectifs. La petite balle blanche, jaune, le ballon rond, ovale occupent le champ; ski, lames, crampons dessinent un langage spécifique.

La caméra de cinéma est là pour capter le mouvement et la performance autrement que la vidéo technique destinée à l’amélioration de l’athlète ou que les captations journalistiques, dont la visée allie information, rendu spectaculaire et rentabilité.

Plus diffractée, plus multiple, la représentation du sport à l’écran interroge. Le cinéma, ce «sport de combat» , opère un premier choix, entre hagiographie du biopic ou fiction. Se pose ensuite la question de la transcription en images d’une carrière sportive, sa re-création, voire sa mythification. Naturellement, le sport, théâtral par essence, de par les ascensions fulgurantes qu’il engendre, ses chutes, les sacrifices qu’il réclame, se prête à la dramatisation cinématographique. Mais que soit traduit le témoignage ou la fabula, la problématique de la représentation demeure entière. Comment crédibiliser la geste de l’effort intense, comment transcrire la motivation, le dépassement, la quête de perfection technique?

Nous proposons d’engager la réflexion en premier lieu sous un angle esthétique: comment le cinéma observe-t-il le corps sportif? Cette gageure interroge notamment le labeur d’acteur, dont le corps devient condition à la vraisemblance de l’oeuvre cinématographique – on songe à la métamorphose musculeuse d’une Hilary Swank pour incarner une boxeuse dans Million Dollar Baby . En outre, comment le cinéma dépeint-il un sport donné (ses règles, les compétences qu’il mobilise, les structures qui l’encadrent, entre autres), quelles sont les limites de cette esquisse ?

Toutefois, il serait incomplet de considérer le cinéma sur le sport dans un unique but évocateur. Si certaines hypotyposes sportives frappent tant le spectateur, c’est qu’elles soulèvent la question de l’intime et du social. De fait, la figure du sportif au cinéma prend la forme d’une quête identitaire, construction ou déconstruction, face aux pressions diverses, à l’injonction de performance, aux prises avec une libido exacerbée – conférer l’anti-héros psychopathe de Midnight Runner , qui espère dépasser ses pulsions meurtrières grâce à la pratique du Swiss Army Run (un marathon de l’extrême). En outre, la typologie du sportif au cinéma interroge aussi souvent la notion de genre, comme en témoignent des titres tels que Battle of The Sexes ou Sport de filles  – d’où notre volonté d’inscrire en partie cette journée d’études dans une perspective d’études genrées. De fait, le sportif à l’écran lutte contre les structures patriarcales, et par extension, contre toute forme de normes, alors même que son corps, exploité, maltraité, à bout, est dangereusement exposé.

Enfin, nous considérons que la dimension sociologique va de pair avec un regard critique, c’est pourquoi cette journée entend mettre en lumière la force symbolique et donc le poids politique de la représentation du sport au cinéma. Non seulement les personnages luttent contre eux-mêmes et repoussent leurs limites physiologiques, mais encore combattent-ils l’ordre établi. Viscéralement fictionnels, ils personnifient l’utopie et l’idéalisme, tout en combattant les abus (harcèlements et agressions sexuelles par exemple dans le patinage et le ski ), voire en dénonçant l’autoritarisme de certains régimes, comme en Iran où la pratique du futsal féminin dépend de l’acceptation des époux (La permission ) – la pratique sportive garde toute sa virulence séditieuse. Ainsi, questionner le sport au cinéma nécessite de s’interroger sur le sens politique de la performance sportive, questionnement qui porte autant sur la poétique de sa forme que sur sa fictionnalisation filmique.

  • Bibliographie sélective

Henri Decoin, sportsmane, Bauer Thomas, PULIM, col. Desports et des histoires, 2018.

Le foot à l’écran, dir. Camy Julien, éd. Hugo image, à paraître 23/09/2021.

Sport et cinéma, Camy Gérard et Julien, éd. Bailli de Suffren, 2016.

Million Dollar Baby, Carlini Fabio, éd. Gremese, coll. Les meilleurs films de notre vie, 2021.

La boxe au cinéma, Durand Philippe, éd. Carnot, 2004.

Cinégénie de la bicyclette, Leboutte Patrick, G. Couxe et H. Le Roux, éd. Yellow Now, 1995.

Les terrains. Ecrits sur le sport, Pasolini P. P., éd. Le Temps des Cerises, 2012.

Magazine Desports, éd. Du Seuil, sous la marque éditions du sous-sol.

Thèse  «Le corps utopique au cinéma. Transparence, Réversibilité, Hybridité», Leroy Alice, sous la direction de M. Cerisuelo, Paris-Est, 24/11/2015.

Festival Sport, cinéma et Littérature, organisation Th. Frémaux, Lyon.

L’appel à contributions est ouvert aux doctorants, docteurs en esthétique du cinéma ainsi qu’aux doctorants et docteurs en STAPS, dans un souci de travail en transversalité.